Carnet du naturaliste: Nouvelle-Zélande

Nous quitterons la Nouvelle-Zélande (NZ) demain matin à 11h30. Un vol d’une durée de 11h nous mènera en Asie, plus précisément à Singapour.

Avant la NZ, nous avions passé 2 semaines à Fidji. J’y avais noté quelques observations mais je n’ai pas trouvé l’énergie de les consigner ici. Il faut savoir que j’ai eu un épisode de fortes migraines qui a débuté 2 jours avant le départ de Fidji et ses terminé au milieu du voyage en NZ.

C’est la troisième fois en 10 ans que je vis ça: chaque jour, pendant environ 2 semaines, j’ai une forte migraine qui dure entre 15 minutes et quelques heures. Le reste de la journée, tout va bien! Le soleil intense ou les sensations de froid semblent déclencher le tout. La douleur est toujours la même, située derrière l’œil droit. J’en ai parlé à des médecins qui n’ont rien pu diagnostiquer. Les symptômes sont semblables à ceux des céphalées de Horton mais la douleur est moins intense. Il semble que ça empire avec l’âge, certains parlent d’une sensation de « tournevis que l’on enfonce dans l’œil en tournant ». J’espère ne pas en venir là!

Une fois les migraines disparues, j’en ai eu pour une bonne semaine à retrouver ma pleine forme. J’étais toujours épuisé, sans beaucoup d’énergie, avec la crainte d’avoir mal à la tête. Mais depuis une semaine, tout va bien! Je devrais être environ 3 ans sans que ça ne revienne si je me fie aux derniers épisodes.

Donc, tout ceci pour dire que je n’ai pas parlé de la nature de Fidji! En quelques mots, je peux dire que la diversité est faible, les espèces envahissantes omniprésentes et la déforestation importante. Nos incursions dans la jungle ont été intéressantes mais sans donner d’observations excitantes. Bref, je n’en dirai pas plus!

Passons maintenant aux observations faites en NZ. Nous sommes ici encore sur une île mais la diversité est bien plus importante. Il faut savoir que la NZ est une île isolée depuis plus de 100 millions d’années, époque ou elle a été séparée du continent Gondwana. La nature de l’île s’est donc développée en isolation presque totale, à partir de la vie présente lors de la séparation et nourrie seulement par des espèces transportées par le vent ou la mer.

La NZ est l’un des derniers endroit de la planète à avoir été colonisé par l’humain. Les premiers Polynésiens à atteindre l’île l’ont fait il y a seulement 800 ans. Les Maoris sont les descendants de ces Polynésiens. Il n’y avait pas de mammifères en NZ, à part quelques espèces de chauves-souris et des otaries très dociles. Les moas, d’énormes oiseaux ressemblant à des autruches constituaient le « gros gibier » qui a permis aux maoris de peupler l’île et de développer une culture riche et unique. Sans mammifères et les dinosaures étant éteints depuis belle lurette, il n’y avait pas de grand prédateur en NZ. Les espèces d’oiseaux et de reptiles s’y sont donc développées sans s’adapter à une prédation intense et efficace. L’humain a donc pu y trouver une source de protéines abondante et facile à chasser. Il ne fallut pas plus de 200 ans pour que les derniers moas disparaissent, entraînant dans le néant leur seul prédateur naturel, l’aigle de NZ, plus grand aigle à avoir jamais existé. Les polynésiens ont aussi apporté avec eux des animaux et des plantes qui ont rapidement commencé à envahir la NZ, en particulier les rats et les chiens.

Les Européens, eux, ont atteint la NZ pour la première fois en 1642. Abel Tasman y a accosté, s’est fait attaquer et s’est enfui sur le champ! Ce n’est que 127 ans plus tard qu’un autre navire européen atteindra la NZ. Cette fois-ci allait être la bonne avec la visite du capitaine Cook en 1769.
Le premier siècle de colonisation européenne à été plutôt timide mais a partir du milieu du 19ème siècle, la NZ s’est peuplée rapidement.

Déjà à l’arrivée des premiers Européens, plusieurs espèces animales et végétales étaient éteintes. Les Européens ont sonné le glas d’une multitude d’autres espèces en apportant les belettes, les opossums, les guêpes, les chats et autres prédateurs. Sans compter les espèces végétales qui envahissent les habitats. Ajoutez à cela une intense déforestation pour la récolte de bois (il y avait d’énormes arbres en NZ, parmis les plus gros et grands au monde) et l’agriculture (moutons et bovins sont partout, même sur les montagnes) et ça donne le portrait actuel: plus de 40% des espèces d’oiseaux sont disparues. Le verdict est assez similaire pour le reste des espèces vivantes qui étaient uniques à la NZ (on parle d’espèces endémiques).

Voilà pour l’introduction. Maintenant, mes observations!
Dès la sortie de l’aéroport à Christchurch, Sophie me pointe un oiseau en me disant « regarde, ton premier oiseau en NZ ». Ben c’était un moineau domestique. On en a chez nous, il y en avait à Fidji et il y en a partout en NZ! C’était bien parti!

Arrivés au camping à Christchurch, je commence à entendre de nouveaux sons. Il y a de nouvelles espèces à identifier! La plupart sont toutefois introduites: pies australiennes, merles, grives et chardonnerets d’Europe. Les observations d’espèces indigènes allaient commencer le lendemain, près d’Arthur Pass, à Jackson. C’est là que nous avons fait connaissance avec le Tui, le pigeon de NZ et le Weka. C’est aussi là que nous avons marché dans notre première forêt humide, habitée par des fougères tellement grandes que ce sont des arbres. Enfin, j’étais totalement dépaysé, le rêve du naturaliste!

Voici mes plus intéressantes observations du voyage. Plusieurs noms serons en anglais puisque je n’ai pas de lien web rapide pour trouver les noms français au moment décrire ces lignes. Je les ajouterai peut-être plus tard. Même chose pour les photos: pas capable de les télécharger. On aura sûrement du meilleur wifi en Asie qu’en NZ!

flore

Ce sont les fougères qui sont la caractéristique la plus impressionnante des forêts de NZ. Certaines peuvent atteindre 20 m de haut. C’est tout simplement fascinant. L’autre caractéristique des forêts est l’omniprésence des épyphites, ces plantes qui vivent sur d’autres!
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Plusieurs espèces d’arbres peuvent atteindre une très grande taille mais la plupart ont été récoltés. Nous avons pu voir de beaux spécimens dans certains parcs.

faune

insectes

Les insectes les plus particuliers de NZ sont les wetas. Nous avons pu en observer à deux endroits: d’abord dans la Maungatautari Ecological Island. Cette forêt est protégée par une clôture de 47 km qui permet de garder les espèces envahissantes (opossums, belettes et rats) en dehors de l’enclos. Quand la clôture à été installée, il a fallu attraper tous les prédateurs qui n’étaient pas indigènes afin de permettre aux espèces de se reproduire avec succès. Dans cette réserve, il y avait de  » Wetas condos », sortes de petites boites vitrées dans lesquels les insectes se réfugient le jour. On a donc pu en voir! Nous avons aussi vu des Wetas dans une caverne à Waitomo.
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C’est aussi a Waitomo que j’ai pu observer de belles cicindelles (un de mes insectes favoris).
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oiseaux

Voici le plat de résistance! Comme je l’ai déjà écrit, il y a beaucoup d’espèces introduites. J’ai toutefois pu observer un bon nombre d’espèces endémiques à la NZ. Voici donc ma liste d’observations (noms français entre parenthèses – je traduit de Singapour, où toute la famille est réveillée à 4h30 du matin pour cause de décalage horaire; merci André A. pour le lien vers les noms français).

    • Kiwis. Observés seulement en captivité, près du glacier Franz Joseph dans un beau petit centre qui assure la reproduction de l’espèce locale et à Rotorua, au Rainbow Spring Park. C’est fascinant de voir ces oiseaux – assez gros d’ailleurs – arpenter le sol a la recherche d’insectes. Les kiwis occupent la niche écologique des petits mammifères insectivores et ils ont un comportement et une physionomie qui peut faire penser à une grosse musaraigne!
    • Albatros, puffins et pétrels. Je n’ai pas identifié les espèces mais lors de la traversée du détroit de Cook, entre l’île de Sud et celle du Nord, j’ai pu observer ces grands oiseaux qui dansaient au dessus des vagues, au large du bateau. J’aurais passé des heures à les observer! C’était la première fois que j’observais des oiseaux pélagiques (qui vivent en mer) et je vais répéter l’expérience, c’est trop beau!
    • Australasian gannet (Fou austral). Un beau Fou avec la tête jaunâtre observé à Orere Point.
    • Pied shag (Cormoran varié). Cormoran présent partout où il y a de l’eau salée.
    • Little shag (Cormoran pie). Petit cormoran observé à Kaikoura.
    • White faced heron (Aigrette à face blanche). Pas très abondant mais répandu. Aussi observé à Fidji.
    • Paradise shellduck (Tadorne de paradis). Gros canard bruyant à la tête blanche.
    • New Zealand scaup. Sorte de morillon observé à Rotorua.
    • Australasian harrier (Busard de Gould). Grand busard aussi observé à Fidji. Seul rapace abondant partout en NZ. Il y a aussi une petite espèce de faucon que nous n’avons pas observé.
    • Weka (Râle wéka). Grand râle terrestre. Très curieux. Observé à Jackson et à Punakaiki. Très peu farouche.

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  • Banded rail (Râle tiklin). Petit râle assez rare observé au parc Abel Tasman.
  • Pokeko. Grosse poule noire avec du rouge sur la tête. On en a frappé un en voiture près du glacier Fox.
  • Pied oystercatcher (Huîtrier de Finsch). Huitrier très bruyant observé partout où il y a de l’eau.
  • Variable oystercatcher (Huîtrier de variable). Comme l’autre mais tout noir et moins fréquent observé seulement à Kaikoura!
  • Pied stilt. Avocette observée à Christchurch.
  • Red billed gull. Mouette présente partout.
  • White fronted tern (Sterne tara). Belle grande sterne assez commune.
  • New Zealand pigeon (Carpophage de Nouvelle-Zélande). Ressemble au Pigeon biset mais en deux fois plus gros. Assez commun.
  • Kea. Perroquet des montagnes. Seulement observé un individu près de la base du glacier Fox. Aussi vu en captivité, à Rotorua. J’aurais aimé avoir l’occasion de mieux observer cette espèce mais je n’ai pas été chanceux!
  • Morepork (Ninoxe boubouk). Petit hibou entendu à Waitomo et à Orere Point.
  • Kingfisher (Martin-chasseur sacré). Tout petit Martin pêcheur insectivore. Relativement commun.
  • Welcome swallow (Hirondelle messagère). Seule espèce d’hirondelle de la NZ. Assez commune.
  • Silvereye. Petit passereau. Un peu comme un roitelet. Il semble que cette espèce soit apparue au milieu du 19ème siècle et qu’elle se soit « auto introduite » à partir de l’Australie.
  • Merle noir. Introduit d’Europe. Il y en a partout! Son chant nous fait croire que l’on est en Europe!
  • Grive musicienne. Aussi introduite d’Europe. Très commune, même en pleine forêt où son chant est l’un des plus fréquents.
  • Alouette des champs. Introduite d’Europe. Abondante en milieu agricole.
  • Fantail (Rhipidure à collier). Beau petit passereau avec une longue queue qu’il déploie constamment. Son chant est très aigu et rappelle celui du Troglodyte mignon. Fréquent dans les forêts.
  • Tomtit (Miro mésange). Sorte de petite mésange observée à Jackson.
  • Tui (Méliphage tui). Notre oiseau favori de NZ. Tout noir avec deux touffes de plumes blanches au menton. Son chant est tout simplement fabuleux! Assez commun, pour notre plus grand plaisir!
  • Moineau domestique. Au Québec, il est de moins en moins présent (le Roselin familier lui fait compétition) mais en NZ, il est très abondant.
  • Chaffinch (Pinson des arbres). Plus abondant en NZ qu’en Europe, d’où il vient! C’est tout dire!
  • Accenteur mouchet. Introduit d’Europe. Observé à Christchurch.
  • Sizerin flammé. Introduit d’Europe. Aussi présent au Québec (c’est une espèce circumboréale que l’on retrouve dans toutes les contrées nordiques du globe). Observé lors de notre randonnée sur les volcans du parc Tongariro. C’était drôle d’entendre les sizerins en marchant dans un décor qui nous rappelait le mont Kathadyn, un montagne du Maine que l’on aime beaucoup… Et où l’on peut entendre des sizerins!
  • Goldgfinch (Chardonnerêt élégant). Autre introduction européenne. Assez fréquent.
  • Greenfinch (Verdier d’Europe). Comme l’autre d’avant!
  • Common Myna. Le mainate qui était partout à Fidji! Introduit d’Asie et présent seulement sur l’île du Nord.
  • Australian magpie. Grosse pie noire à la tête blanche. Comme son nom l’indique, elle a été introduite à partir de l’Australie. Assez commune là où il y a beaucoup d’humains mais absente en pleine nature.

mammifères

Le seul mammifère indigène observé était les otaries à Kaikoura. On a vu des centaines d’Opossums australiens écrasés dans la rue. Pas vu de chauves souris, qui sont rendues très rares.

Voilà pour mes observations! La NZ aura été une belle étape dans notre voyage pour le naturaliste que je suis. Ce qui m’a le plus surpris est l’importante déforestation et l’omniprésence des espèces introduites (comme à Fidji). Les forêts humides avec les grandes fougères sont superbes mais la plupart sont disparues. Les montagnes sont en majorité très arides. J’aurais bien aimé les explorer un peu plus mais avec les enfants, on s’adapte pour ne pas trop les écœurer du bonhomme toujours arrêté pour regarder des bebittes!

Dans 24 heures, nous atterrirons à Singapour. C’est toute une autre dimension qui s’ouvrira pour l’œil et les oreilles du naturaliste. J’ai hâte de voir mes premiers calaos. Il y a aussi plusieurs espèces de grands pics que j’ai bien hâte d’observer. Sans oublier les trogons, les guêpiers, les singes, les cobras, les scorpions et tralala! L’abondance, après presque deux mois de régime insulaire!

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